Le travail présenté ici se propose en premier lieu de questionner le type de connaissance qui est mobilisé et construit par les interfaces de cartographie en ligne. A travers l'émergence de ce type de dispositifs sur Internet, leur accès à tous (experts comme non experts) et leur plasticité nous posons l'hypothèse d'une transformation en cours de la connaissance territoriale et des usages corrélatifs. De cette redistribution nous voudrions tirer un certain nombre de pistes de travail dans l'objectif de questionner les outils et procédures de connaissance et de transformation des territoires.
Ce questionnement semble dans un premier temps spécifique aux champ de la géographie puisqu'elle se réfère aux dernières évolutions de la cartographie numérique dont l'histoire commence avec les systèmes d'informations géographiques (SIG). Néanmoins nous poserons l'idée que les questions liées aux usages de la cartographie touchent un ensemble transversal de disciplines dont le trait commun serait la mise en espace comme moyen d'analyse et de projection. Dans un second temps la dimension des technologies numériques semble rattacher l'énoncé proposé aux champ de la programmation. Pourtant, même si la dimension de la programmation technique des dispositifs étudiés retiendra longuement notre attention dans le travail proposé, c'est d'abord par la dimension des usages des interfaces que nous entrerons dans l'objet d'étude; ces usages qui concernent eux-aussi l'ensemble des disciplines « spatiales ». Ainsi, le travail présenté ici ne privilégiera pas nécessairement une connaissance disciplinaire spécifique mais tentera une approche transversale dans le champ des questionnements qui touchent aux connaissances du territoire. D'une manière plus générale, le travail s'inscrit dans l'hypothèse que l'espace est un des cadres explicatifs les plus puissants des phénomènes contemporains qu'ils soient d'ordre sociaux, politiques, économiques etc1. Dans ce sens le travail tente de prolonger l'implication croissante des disciplines liées à l'aménagement du territoire (architectes en tête) dans l'analyse de phénomènes qui excèdent les frontières disciplinaires habituelles2. Plus largement, la cartographie est l'objet d'une spéculation intense dans un horizon très large de recherches et de pratiques. Elle intéresse l'art, les sciences sociales, l'architecture etc. Elle devient donc un outil transdisciplinaire potentiellement partageable (dimension sur laquelle nous reviendrons).
Cette dimension transdisciplinaire est croisée avec une autre ligne de mobilisation de la connaissance : celle qui fait le partage entre connaissance scientifique formalisée et connaissance « commune », « populaire » où encore « habitante ». Il s'agira à travers les dispositifs analysés de montrer de quelle manière ils mobilisent ces deux types de connaissance à la fois, et même de quelle manière ils annulent en partie la distinction entre ces deux types de connaissance. Ainsi la carte ne sera donc pas pensée comme étant un outil strictement géographique (de formalisation de la connaissance géographique) mais plutôt comme un dispositif partagé, qui concerne autant les experts et les non-experts. D'autre part, les évolutions récentes du web par la capacité offerte aux usagers de modifier les contenus de la toile transforme l'utilisation traditionnellement « experte » de la cartographie3. Cette nouveauté nous amène à considérer la possibilité de mobiliser les connaissances non expertes, gageant que celle-ci sont d'une richesse comparable au savoir scientifique du territoire. D'autre part, la mise à disposition d'un outil habituellement réservé aux experts et faisant majoritairement l'objet de visées stratégiques à un horizon beaucoup plus large d'utilisateurs et à des fins beaucoup plus diverses, pose un certain nombre de questionnements concernant les rapports de forces à l'oeuvre dans la transformation des territoires. Il y a donc à la fois dans le travail l'idée d'une mobilisation transversales des moyens liés aux disciplines spatiales mais aussi et surtout aux pratiques spatiales4.
Cette hypothèse s'inscrit dans une tradition, qui concerne autant les champs analytiques du territoire que ceux projectuels, de prise en compte des « compétences habitantes » comme vecteur de transformation de l'environnement5. Cette tradition forme un corpus théorique et méthodologique qui permettra de questionner les pratiques émergentes qui nous intéressent ici. En prolongement de ces questions, une série d'étude de cas, qui feront l'objet d'une sélection parmi les interfaces correspondant à la ligne problématique, permettront une classification et une évaluation pragmatique de la connaissance émergente du territoire liée à ces pratiques. Cette enquête côté « utilisateur » sera effectuée parallèlement à l'analyse côté « serveur », c'est à dire du côté de la fabrication de ces interfaces, bien que (nous le verrons plus loin) la distinction usager/développeur a tendance à s'effacer progressivement dans les dernières évolutions du web. Enfin, il s'agira d'évaluer les capacités de ces interfaces à travers les connaissances qu'elles créent à transformer les formes et usages territoriaux. Cette question de l'utilisation de ces interfaces à des fins diverses (pour la consultation, la coopération, dans des contextes institutionnels où complètement informels) sera présentée comme une série de protocoles potentiels dont il conviendra d'évaluer les effets concrets.
L'ensemble des protocoles proposés ci dessus formeront la part analytique du travail. En parallèle sera un mené un travail de programmation et production d'interfaces de cartographie collaborative qui formeront les dispositifs expérimentaux qui permettront de couvrir horizontalement les lignes problématiques traitées dans la partie analytique de la proposition. A chaque carte produite sera associé un protocole particulier de collecte et de mobilisation de la connaissance. Les cartes produites seront ainsi des moyens d'enquête au même titre que celles sélectionnées dans la partie analytique de la proposition.
Les moyens méthodologiques sont rapidement évoqués ici (pour plus de précision voir le chapitre méthodologie) afin d'insister sur la dimension transversale requis par le sujet choisi. La démarche tente ainsi d'hybrider des questions liées à des disciplines différentes, de relier savoir formalisé et connaissance informelle, d'articuler les procédés techniques aux agencements sociaux, de relayer activité analytique et projectuelle et ce au travers d'un même phénomène agrégateur. Sans en être totalement issue, la démarche proposée ici se réfère directement à certains développements de la sociologie contemporaine dont ce que Bruno Latour appelle « actor-network theory 6». C'est donc à une démarche pragmatique et hybride que la proposition présentée ici doit pouvoir conduire.
L'observation et la construction d'outils et de protocoles de cartographie collaborative en ligne nous permettra d'évaluer les types de connaissances mobilisées et formalisées. Au coeur de ce travail figure une hypothèse : le dispositif de cartographie collaborative pourrait permettre l'interrogation et la manipulation de situation territoriales émergentes dont la réalité ne peut-être saisie à travers les découpages habituels (disciplines, experts contre non-experts etc.). Ainsi en dernier lieu c'est à la question « de quelles réalités émergentes ces dispositifs sont-ils les témoins? » que le travail présenté ici se proposera de répondre.
Contexte général et enjeux du projet de thèse
« Alors que les villes, les réseaux de villes et même les régions menacent de devenir des concepts moyen-âgeux, la question est la suivante : les stratégies projectuelles de nature géomorphologique qui se tournent principalement vers des typologies d'habitat, de travail et de vie liées à un lieu, tiennent-elles suffisamment des processus de déterritorialisation mais aussi et surtout de reterritorialisation qui forment la nouvelle dynamique de la société Internet spatiale? »
Ed Taverne
Lors de la rencontre lilloise « EURAU 2005 l'espace de la grande échelle en question », le spécialiste de l'urbanisme contemporain Ed Taverne pose la question des rapports du territoire aux technologies de l'information et de la communication (TIC); partant de l'observation qu'alors que l'influence de celles-ci (et particulièrement Internet) sur les phénomènes économiques, politiques et sociaux a été largement questionnée, l'analyse des rapports à l'aménagement et la connaissance du territoire sont encore rares. Cette rareté pourrait être expliquée en partie par le manque de recul liée à la nouveauté de ces phénomènes en rapport à la lenteur relative des transformations territoriales. Ainsi nous n'aurions pas encore les moyens d'observer les changements effectifs qu'entraîne Internet sur le monde dit « physique ». Il semble aussi que les modèles habituels pour décrire ces changements sont dans une certaine mesure inadéquats, principalement parce qu'ils situent les réseaux digitaux hors du monde (cyberespace)7. Il s'ensuit alors une distance qui entraîne soit un refus de ce rapport, soit des modes d'analyses analogiques où métaphoriques (le web devient un modèle d'explication du monde physique)8. Si ces observations peuvent paraître insuffisantes peut-être est-ce parce qu'elles ne prennent pas le web pour ce qu'il est : un réseau tout aussi physique qu'un autre (dans ce sens, certaines approches contemporaines tentent d'envisager le web de manière « matérialiste » (« territoire des cyborgs9 »)). Enfin, les différentes analyses de cette nouvelle réalité territoriale ne souffrent-elles pas d'une trop grande volonté prédictive? Sans affirmer que le web va changer radicalement les formes physiques du territoire ne peut-on pas nous interroger sur ce qu'il change effectivement, dès aujourd'hui, dans notre connaissance et nos usages de celui-ci? Si les TIC inaugurent une société dite de la connaissance10, qu'advient-il de la connaissance du territoire lui-même?
Cette ligne problématique trouve des conditions d'élaboration favorables avec l'apparition de ce que l'on appelle « Geospatial Web » où encore « Geoweb »; terme signifiant les tendances récentes à l'attribution quasi-systématique de coordonnées spatiales aux contenus circulant sur la toile. Ainsi, l'apparition fulgurante dès 2004 des interfaces de cartographie en ligne pose pour un certain nombre d'observateurs un temps nouveau, celui d'une « reterritorialisation »11 du flux informel de connaissances sur Internet12. Les conditions d'attachement des contenus qui circulent sur la toile à des coordonnées territoriales ramène les réseaux digitaux à l'expérience concrète de l'environnement. Quantité de productions (image, vidéo, son, texte) sont ainsi liés à leur lieu de capture, de fabrication13. Alors que le web avait progressivement bousculé les modes d'expression et de connaissance du monde, favorisant des pratiques déhierarchisées, collectives et hybrides, il est à se demander de quelle manière la reterritorialisation de ces pratiques dites « wiki » à travers l'émergence de la géolocalisation peut transformer ce que l'on sait du territoire. En d'autres termes, les modes de fabrication de la connaissance du web dit social où encore 2.014 (ce que Félix Guattari anticipait à travers le terme d'ère postmédia15) associées aux technologies de géolocalisation ne préfigurent-ils pas de nouveaux modes de connaissance et d'usage de l'environnement concret?
Parmi les nombreux dispositifs qui sont inclus dans ce que l'on nomme géolocalisation figure la cartographie collaborative. Celle-ci n'est apparue que très récemment sur Internet et présente une combinaison des capacité du web géographique et des modalités de fabrication et transformation des contenus que l'on attribue au web 2.016. Il s'agit au travers d'interfaces dynamiques de créer à plusieurs des contenus cartographiques. Ces contenus sont de différents ordres mais par leur mode de fabrication ils ont en commun d'offrir la possibilité de mobiliser une connaissance singulière et collective du territoire. Pour mieux cerner la nature de cette connaissance posons deux « propositions ».Tout d'abord il s'agit d'une connaissance pragmatique puisqu'elle est rapportée à une localisation précise, il s'agit donc d'une connaissance de terrain. Ce qui fait l'originalité du web dans les modes de collecte des connaissances de terrain c'est la capacité à réunir en un même espace des éléments qui sont habituellement complètement dispersés. Néanmoins cette réunion peux se faire sans centralisation de la collecte (le web comme réseau déhiérarchisé) et donc suivre au mieux la condition hyperlocale de la connaissance mobilisée. Dans un second temps le web dans ses dernières mutations propose un mélange entre connaissance « scientifique » et connaissance « commune » (qui ne nécessite pas forcement de compétences définies et que nous pouvons nommer « connaissance habitante »), en somme une connaissance hybride. Cette condition semble prolonger naturellement la première tant les connaissances de terrain ont elle-mêmes des contenus hybrides. Elles se réalise à travers les cartes collaboratives en ligne qui proposent des interfaces modifiables et consultables par tous alors que le classique SIG ne s'adresse qu'aux experts rompus aux techniques de cartographie numérique.
Pour spécifier encore le propos et écarter l'idée que la carte comme support visuel puisse-être une forme universelle pour tout type de discipline et « non-discipline », précisons que la cartographie comme processus d'attachement des contenus à des positions se fait aussi en dehors des formes habituelles. A travers l'opération dite de « mashup », il est possible d'attacher tout type de modes d'expression à des coordonnées géographiques sans faire de carte au sens strict du terme. Ainsi les procédés de géolocalisation permettent-ils une plurivocité des contenus tout en les ordonnant selon leur emplacement. Cette fonction « mashup » semble former une des nouveautés que peut apporter le web. Nous formons alors l'hypothèse de la possibilité de fabrication d'Atlas Eclectiques pour reprendre le terme de Stefano Boéri où encore de « monographies polyvoques » (Melemis, Masson et al, 2008), hypothèses que nous déroulerons plus bas.
A travers les opérations de collecte du savoir hyperlocal d'une part et d 'hybridation des formes traditionnelles d'expression et de connaissance d'autre part on peux s'interroger sur la capacité de la « wiki-géolocalisation » à modifier les formes de connaissance et d'expression liés aux territoires eux-mêmes. Ainsi, alors que wikipédia -par exemple- change singulièrement la forme de la connaissance encyclopédique classique peut-on envisager de tels changements de la connaissance « géographique » au travers de la prolifération des cartes collaboratives? Cette question paraît centrale dans la mesure où beaucoup s'accordent à désigner la carte comme étant l'une des formes les plus puissantes de modification mentale et physique des territoires à tel point que Julian Oliver fait de la cartographie la plus influente des formes artistiques (« cartography, the most influential art form?17 »). Questionnement partagé par les géographes (voir le débat organisé en 2006 par la Société de Géographie : « La carte, outil d’analyse ou de manipulation ? »). Ainsi, il est important de ne pas laisser de côté la dimension à l'origine stratégique du dispositif étudié (Internet et le GPS sont des outils de l'armée américaine quand au « Geoweb » il a été théorisé dès 1994 par Charles Herring dans le cadre de recherches elles-aussi commanditées par l'armée américaine). Il est donc à se demander de quelle manière l'appropriation de ces outils peuvent modifier certains des rapports de force à l'oeuvre dans les transformations territoriales.
De la carte comme forme visuelle stratégique de contrôle territorial à la carte comme forme ouverte de création collective il n'y a pas qu'un seul changement technologique mais aussi et surtout une vision autre de la cartographie elle-même et de ses processus de fabrication. Ce changement ne peux faire l' économie d'une série de recadrages sur les différentes dimensions qui déterminent se que l'on pense être les utilisations possibles de la carte18. Ce travail doit mettre en évidence ce qui dans la fabrication des supports cartographiques devient essentiel dans les nouvelles modalités cartographiques liées au web. Cette analyse doit s'effectuer de façon pragmatique à partir de la décomposition de la fabrication des interfaces électroniques. Ces processus sont à la fois techniques (comment est collectée l'information, de quelle manière est-elle transformée en coordonnées géographiques...) et juridiques (à qui appartiennent les bases de données, comment sont-elles partagées, quelles sont les limites d'usage de ces interfaces19). En complément, la mise en rapport des modalités de fabrication contemporaine à une perspective d'analyse plus large concernant la cartographie en général doit nous permettre de dégager une position plus stable concernant la réelle nouveauté de la cartographie en ligne.
Enfin, nous poserons comme hypothèse que le dispositif cartographie tel que nous l'énoncions plus haut et plus généralement le Geoweb nous offre à voir quelques nouvelles réalités territoriales en cours de formation. C'est donc à l'observation fine de ces nouvelles réalités doit pouvoir conduire. Sur ce point, nous laisserons de côté l'approche purement prédictive très souvent répandues dans les modes d'analyse du web pour nous concentrer sur des expériences et exemples précis. C'est donc à la question « de quelles réalités émergentes les dispositifs de cartographie collaborative sont-ils les acteurs et les témoins? » que le travail de recherche doit pouvoir répondre.
naïm aït-sidhoum
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Wikibivouac
ZOOM+Damien Masson
* * *
Wikibivouac project is aimed to construct and relay alternative practices (habits) of urban territory that encourage unusual logics of space (generally related to the property of space and the commercial principles which defines it) through the possibilities that ‘networked-knowledge’ allow. [1]
We understand ‘bivouac’ as a term that encompasses all these alternative practices. Indeed, these specific uses of space can be comprehended as an hybrid of regular city-dweller habits and ‘hunter-gatherer’ behaviours characterized by instability, multitasking, gleaning, recycling and so on.
Wikibivouac se propose d'engager et de relayer les pratiques parallèles de l’espace urbain qui ne passent pas par les logiques habituelles (liées à la propriété de l’espace et aux logiques marchandes qui le définisse) en utilisant les possibilités liées à la circulation de la connaissance en réseau(1). Ces pratiques nous les rassemblons autour du terme de « bivouac », car elles nous semblent être le fruit d’une hybridation entre les usages habituels de l’environnement urbain contemporain et des comportements du type "chasseur-cueilleur" (instabilité, permutation des usages, recyclage, glanage).
We think that the urban environment offers an ‘infinity’ of possibilities for dwelling. Thus, our task do not consist anymore in building new spaces or new ‘environments’ but is to search for new possibilities to use, reuse and perform what already ‘exist’. These potential practices of space need to be known and classified in order to constitute an original knowledge that could then be spread. Because of its specificity, this kind of knowledge (understandable as ecological, enactive, sensitive, kinaesthetic and so on) should be collected by intermediary and hybrid methods, like collaborative means such as wiki [2]. These means do not rank information and thus permits interpretations and reconstructions by the ‘gatherer’.
‘Knowledge’ related to these specific practices of urban space (bivouac) is already constituted. It circulates through its producers but also within unofficial, popular and underground cultures. Generally, this knowledge is hardly legal regarding to cities policies and we are not interested in its understanding. On the contrary, our purpose consists in promoting its networking thanks to the possibilities that collaborative means allow. Finally, from this knowledge-grabbing protocol, a new knowledge about urban space and urban practices may emerge.
Nous partons de l’hypothèse que le cadre urbain met déjà à disposition une infinité de possibles, que la tâche qui nous incombe est moins dans la construction de nouveaux environnements que dans la recherche de nouveaux usages de celui qui nous est déjà donné. Ces usages possibles forment une connaissance qu’il nous faut construire, classifier, transmettre… Cette connaissance écologique de la ville ne peut-être constituée de manière centralisée comme l’est la connaissance classique des urbanistes. Elle passe par une appréhension hybride, partielle, singulière qui ne peut-être recomposée que de manière collaborative et déhiérarchisée (wiki)(2).
Ainsi, les usages de l’espace urbain qui nous intéressent sont-ils déjà en cours de fabrication, ils le sont ponctuellement et font l’objet de connaissances partielles, non-officielles, populaires, underground… Ces connaissances flirtent bien souvent avec le cadre légal qui régit les comportements en ville Loin de vouloir « faire la lumière » sur ces usages parallèles de l’espace urbain un des objectifs du projet est de les mettre en connexion via un protocole collaboratif. Ce protocole doit pouvoir être le support d’une nouvelle connaissance de l’environnement urbain.
* * *
[1] We understand ‘network’ as ‘something which makes links obvious’. Therefore, the notion of network encompasses everything related to the communications: 1) territory and the physical structures that allow physical travel of humans and physical movement of objects, 2) ‘virtual structures’ that allow knowledge, communicative, and imaginative travel. Furthermore, the emergence of new behaviours, habits, and settlements related to new technologies (internet, embedded technologies etc.) is helpful to think about new practices of urban space (what happens if we think about urban space sharing in terms of ‘open source’, if we imagine a group of people as a search engine, if people can change the appearance of a place by selecting a ‘style sheet’ or specific sonic background?).
(1) A travers la notion de réseau nous englobons un ensemble de faits qui concernent à la fois le territoire physique, la manière dont la connaissance circule, la façon dont le socius s'agence et bien sûr les nouvelles technologies. Ainsi, le fait de réseau permet-il de saisir ensemble ce qui relève des nouvelles technologies et ce qui relève des composants plus classiques du territoire. D'autre part, l'émergence de comportements et agencements nouveaux liés aux nouvelles technologies est aussi une réserve d'idées potentielles pour transformer le territoire physiques (appliquer la notion de "partage" où d'"open source" au découpage foncier d'une ville, penser un groupe comme un moteur de recherche, un environnement urbain comme un plateau de jeux etc.). Ainsi le terme de "protocole collaboratif", qui vient du web et que nous chercherons à appliquer au territoire physique.
[2] Web and particularly Web 2.0 gives the possibilities for the kind of ‘knowledge-spreading’ we are discussing on. In many ways, Web 2.0 appears to be a networked platform that transforms territorial behaviours and practice.
(2) Le web et plus particulièrement ce que l'on nomme le web 2.0 offre un support de prolifération de la connaissance qui semble convenir sur bien des points aux objectifs énoncés plus haut. A bien des égards le web 2.0 apparaît comme un réseau fortement deterritorialisé qui transforme les comportements territoriaux.
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Wikibivouac project is aimed to construct and relay alternative practices (habits) of urban territory that encourage unusual logics of space (generally related to the property of space and the commercial principles which defines it) through the possibilities that ‘networked-knowledge’ allow. [1]
We understand ‘bivouac’ as a term that encompasses all these alternative practices. Indeed, these specific uses of space can be comprehended as an hybrid of regular city-dweller habits and ‘hunter-gatherer’ behaviours characterized by instability, multitasking, gleaning, recycling and so on.
Wikibivouac se propose d'engager et de relayer les pratiques parallèles de l’espace urbain qui ne passent pas par les logiques habituelles (liées à la propriété de l’espace et aux logiques marchandes qui le définisse) en utilisant les possibilités liées à la circulation de la connaissance en réseau(1). Ces pratiques nous les rassemblons autour du terme de « bivouac », car elles nous semblent être le fruit d’une hybridation entre les usages habituels de l’environnement urbain contemporain et des comportements du type "chasseur-cueilleur" (instabilité, permutation des usages, recyclage, glanage).
We think that the urban environment offers an ‘infinity’ of possibilities for dwelling. Thus, our task do not consist anymore in building new spaces or new ‘environments’ but is to search for new possibilities to use, reuse and perform what already ‘exist’. These potential practices of space need to be known and classified in order to constitute an original knowledge that could then be spread. Because of its specificity, this kind of knowledge (understandable as ecological, enactive, sensitive, kinaesthetic and so on) should be collected by intermediary and hybrid methods, like collaborative means such as wiki [2]. These means do not rank information and thus permits interpretations and reconstructions by the ‘gatherer’.
‘Knowledge’ related to these specific practices of urban space (bivouac) is already constituted. It circulates through its producers but also within unofficial, popular and underground cultures. Generally, this knowledge is hardly legal regarding to cities policies and we are not interested in its understanding. On the contrary, our purpose consists in promoting its networking thanks to the possibilities that collaborative means allow. Finally, from this knowledge-grabbing protocol, a new knowledge about urban space and urban practices may emerge.
Nous partons de l’hypothèse que le cadre urbain met déjà à disposition une infinité de possibles, que la tâche qui nous incombe est moins dans la construction de nouveaux environnements que dans la recherche de nouveaux usages de celui qui nous est déjà donné. Ces usages possibles forment une connaissance qu’il nous faut construire, classifier, transmettre… Cette connaissance écologique de la ville ne peut-être constituée de manière centralisée comme l’est la connaissance classique des urbanistes. Elle passe par une appréhension hybride, partielle, singulière qui ne peut-être recomposée que de manière collaborative et déhiérarchisée (wiki)(2).
Ainsi, les usages de l’espace urbain qui nous intéressent sont-ils déjà en cours de fabrication, ils le sont ponctuellement et font l’objet de connaissances partielles, non-officielles, populaires, underground… Ces connaissances flirtent bien souvent avec le cadre légal qui régit les comportements en ville Loin de vouloir « faire la lumière » sur ces usages parallèles de l’espace urbain un des objectifs du projet est de les mettre en connexion via un protocole collaboratif. Ce protocole doit pouvoir être le support d’une nouvelle connaissance de l’environnement urbain.
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[1] We understand ‘network’ as ‘something which makes links obvious’. Therefore, the notion of network encompasses everything related to the communications: 1) territory and the physical structures that allow physical travel of humans and physical movement of objects, 2) ‘virtual structures’ that allow knowledge, communicative, and imaginative travel. Furthermore, the emergence of new behaviours, habits, and settlements related to new technologies (internet, embedded technologies etc.) is helpful to think about new practices of urban space (what happens if we think about urban space sharing in terms of ‘open source’, if we imagine a group of people as a search engine, if people can change the appearance of a place by selecting a ‘style sheet’ or specific sonic background?).
(1) A travers la notion de réseau nous englobons un ensemble de faits qui concernent à la fois le territoire physique, la manière dont la connaissance circule, la façon dont le socius s'agence et bien sûr les nouvelles technologies. Ainsi, le fait de réseau permet-il de saisir ensemble ce qui relève des nouvelles technologies et ce qui relève des composants plus classiques du territoire. D'autre part, l'émergence de comportements et agencements nouveaux liés aux nouvelles technologies est aussi une réserve d'idées potentielles pour transformer le territoire physiques (appliquer la notion de "partage" où d'"open source" au découpage foncier d'une ville, penser un groupe comme un moteur de recherche, un environnement urbain comme un plateau de jeux etc.). Ainsi le terme de "protocole collaboratif", qui vient du web et que nous chercherons à appliquer au territoire physique.
[2] Web and particularly Web 2.0 gives the possibilities for the kind of ‘knowledge-spreading’ we are discussing on. In many ways, Web 2.0 appears to be a networked platform that transforms territorial behaviours and practice.
(2) Le web et plus particulièrement ce que l'on nomme le web 2.0 offre un support de prolifération de la connaissance qui semble convenir sur bien des points aux objectifs énoncés plus haut. A bien des égards le web 2.0 apparaît comme un réseau fortement deterritorialisé qui transforme les comportements territoriaux.
Sous le soleil exactement

Workshop organisé dans le cadre du programme de recherche "chaleurs urbaines" autour du thème de l'énergie solaire.
Conception de systèmes architecturaux à partir des éléments techniques : panneaux thermiques et photovoltaïques. Les développements architecturaux font suite à une journée de séminaire à l'Institut National de l'Energie Solaire (Le Bourget du Lac, 73).
Encadrement : Nicolas Tixier, Steven Mélemis, Filippo Broggini, Naïm Aït-Sidhoum
Ctrl Z

Performance collective, ZOOM+EXYZT+COLOCO+SIZ'IX dans le cadre de la soirée résonance pour la Biennale d'Art Contemporain de Lyon 2007
Nouvelles Vagues

ZOOM accepte l’invitation à déjeuner.
Poubelles, sacs plastiques, autocollants commerciaux, conteneurs sont parmi les matériaux de base des projets proposés pour cuisiner le Mc WIMM.
La mobilité des objets et leur statut ambigu : domestiques mais publics, industriels mais proche du corps, leur confère un potentiel d’action qu’il conviendra d’explorer durant le temps de l’exposition.
ZOOM proclame l’autonomie des objets comme remède à la prolifération urbaine.
Texte d'introduction pour l'exposition WIMM+ZOOM pour nouvelles vagues à la Maison de l'Architecture du Rhône dans le cadre de la biennale d'art contemporain de Lyon 2007.
___
Oui

Le OUI est un centre d'art qui ouvert ses portes en 2006 à Grenoble dans un ancien garage situé dans la partie nord-ouest de la ville. Sur la parcelle occupée par OUI une petite maison du début du XXème siècle va être détruite pour laisser la place à un projet d'ateliers/résidences d'artistes. Ce projet aura une durée de vie de 5 ans maximum car il est situé dans la reserve foncière que la municipalité utilise pour la futur de ligne de tramway d'agglomération.
Compte tenu de ces conditions notre proposition s'articule selon 3 axes :
1. Un objet sans fondations ni réseaux
Il s'agit dans le cadre d'un espace éphémère de ne pas construire de réseaux d'approvisionnement mais de mettre en place des dispositifs d'autoproduction des ressourvces et de l'énergie (principalement l'eau par un double système eau pluviale+rosée)
2. Utiliser l'existant
Utiliser les produits de destruction de la maison existante pour construire le projet ; le bois sert au chauffage, les fondations sont conservées comme assise au projet, le sous-sol de la bâtisse devient bassin de récupération des eaux de pluies.
3. Valoriser la structure
Le dispositif devient un objet déplacable et auto-suffisant ce qui permet d'imaginer diverses hypothèses de récupération et de réutilisation...
Chaleurs Urbaines

A Grenoble, la chaleur estivale est souvent insupportable.
Situation qui risque d’empirer avec le réchauffement climatique.
Comment vivre les grandes chaleurs dans les espaces urbains de l’agglomération grenobloise?
Quelles postures prendre en tant qu’architectes... aux côtés des climatologues, géographes, sociologues, ingénieurs, urbanistes, politiques...
Et des usagers?
Atelier réalisé pour le programme interdisicplinaire "chaleurs urbaines" dans le cadre de la filière "cultures sensibles de l'environnement" de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Grenoble.
Ouvrages & Environnement

Séminaire "ouvrages et environnement" de l'École Nationale des Ponts et Chaussées. Septembre 2007. "Au fil du Rhône"
Sujet > conception de 10 plateformes fluviales de 500 m² destinées à la sensibilisation du public aux enjeux environnementaux
Site de travail > Givors, à la confluence du Gier et du Rhône, sur un linéaire d’environ quatre kilomètres en amont et en aval de Givors
Lieu > ENPC (Marne-La-Vallée) : première semaine de cycles de conférences et Centre Culturel et de Rencontre de la Tourette : atelier de projet sur site
Dates > la dernière semaine de septembre et première semaine d’octobre 2007
Participants > 60 étudiants en Master de l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées
Encadrement > enseignants et chercheurs de l’ENPC, professionnels et chercheurs spécialisés, professionnels étrangers invités
Partenaires > Maison du Fleuve Rhône, Compagnie Nationale du Rhône et Centre Culturel et de Rencontre de la Tourette
Wikibivouac

Self-sufficient, self-fab housing and sustainable development means to use raw materials and avalaible, ready to use objects. Town offers public space, free water, food, if you search a little bit… Just like you could do with Google or any other web search engine: you can search for shared information about the town and its facilities. With the apology of the Web 2.0, a content is built by web surfers: Wikipedia for example. Another major trend is to design protocols and devices to provide us information during our mobile life. Have you ever been “town alone” with no place to sleep?
www.wikibivouac.com proposes self-built web platform to make it possible to settle an autonomous way in every city.
Bivouac > Rudimentary camp to spend the night in mother nature’s arms. For many nomad tribes, bivouac is a way of settling. Law allows bivouac from sunrise to sunset anywhere but there are some exceptions : areas around a monument…
Tool > A map updated by local citizen and travellers with data about constraints, every day convenient, comfort… A map that takes into account specific local rules about bivouac to display bivouac friendly places. A map that connect people to share city bivouac experiment.
The Zebra Effect

2 PROPOSITIONS AROUND THE ZEBRA EFFECT : The zebras stripes are a mystery to scientists and several rival hypothesis now try to explain this phenomenon, among which the camouflage purpose is recurrent. First proposition: The climatic changes force us to take a new look at the world. The explanation for the mysterious zebras fur went from a defensive reason (the stripes would be a camouflage) to an environmental purpose ( they protect the zebra against too much heat). It is because the climatic changes bring along a change in our perception of the world and its knowledge that this new hypothesis is today possible. In general, biologists don’t consider life as a competition between species anymore, but as a general strategy of a co-adaptation to the environment. The same happens in human societies : we can observe a shift of the political conception as a conflict between the different parts of the society to an “ecopolicy” supporting a general strategy of environmental management. Second proposition : within each of the disciplines, the climatic changes put forward a particular innovation field. In our case, the designing field mobilizes everything around the idea of skin, thus creating a particular field that we could call “envelopolgy”. The envelopolgy questions are common to architecture as well as object or clothes design, or even related to the human skin ( with the exemple of the sun protection creams, even though it solves a problem related to the climatic warming). Until now, it was the idea of a surface with holes (windows, meshes, pores…) that has given the basis of envelopolgy, but this strategy could change radically when we consider that the passive climatic buildings have less and less windows for better results. We are moving to sealed volumes solutions, the skin is splitting into several layers. The design innovations seem to concentrate on the creation of even surfaces able to fight against heat, with their own qualities and while being as air-tight as possible.
Congestion sans matière, manifeste rétroactif pour un projet de l'OMA
Le projet le plus général de Koolhaas : réalité. Le travail de l’OMA s’agence selon un programme très simple : constituer le plus haut degré de réalité. L’idéalisme défoncé au marteau piqueur du réel.
On croit que New York Délire est un livre qui parle du Fantasme, on le comprend par ses références à la psychanalyse, à Lacan notamment, et au surréalisme, c’est pourtant le couper de toute pertinence architecturale que de le lire ainsi. Bien que la part théâtrale de New York Délire soit présente (souvent à titre parodique), si ce dernier peut servir les projets de l’OMA c’est qu’il est avant tout un livre producteur de dispositifs architecturaux. A travers un découpage rétroactif, des outils sont crées et agencés pour servir un projet très précis : construire un maximum de réalité possible. Dans New York Délire le plus haut degré de réalité s’énonce ainsi : congestion. De valeur négative (l’urbanisme serait un art suprême de la décongestion) elle devient un programme : la culture de la congestion.
Dans sa formulation première, la congestion est liée à la masse. L’analyse de New York, est une analyse des dispositifs architecturaux (les nœuds de la congestion) sous l’empire des masses et des densités. Cette ligne d’analyse trouvant son aboutissement dans l’article Bigness, publié bien plus tard : la congestion y est définitivement alliée à la taille, à la grosseur.
Les années 80 et la conversion de l’agence au projets de paysage renversent le paradigme de la masse à travers deux projets : la parc de La Villette et la ville nouvelle de Melun Sénart. Bigness (bien que formulée plus tard) est remplacée par congestion without matter, soit une stratégie des vides. Durant cette période les textes de Koolhaas énoncent le vide comme étant ce qui contient le plus d’actualité et le plus de potentialité, en somme ce qui contient le plus de réel.
C’est cette conversion qu’il nous faut analyser. A quel problème général cette prééminence du vide répond-elle ? (Remplacement du paradigme de la ville par celui de territoire) Quels sont les outils crées à cette occasion ? (Manipuler les forces, par nature invisibles, création en tout sens de diagrammes…) Comment se fait-il que la Villette semble ne pas trouver de consistance alors que Melun-Sénart apparaît rétroactivement comme le meilleur projet urbain produit par l’OMA ? (Le premier : du territoire en ville, in vitro, le second de l’urbain dans le territoire, in vivo) Enfin, comment la prééminence du vide fait-elle intervenir les notions de durée et de résistance ?
Par là nous pouvons donner à voir et à entendre du territoire. Nous remplacons la notion de densité par celle d’intensité. Nous montrons que la différence entre ville et territoire n’est pas une différence de taille mais une différence d’occupation de l’espace (division contre occupation nomade). Enfin nous montrons comment le projet territorial est profondément noué avec l’idée de résistance.
On croit que New York Délire est un livre qui parle du Fantasme, on le comprend par ses références à la psychanalyse, à Lacan notamment, et au surréalisme, c’est pourtant le couper de toute pertinence architecturale que de le lire ainsi. Bien que la part théâtrale de New York Délire soit présente (souvent à titre parodique), si ce dernier peut servir les projets de l’OMA c’est qu’il est avant tout un livre producteur de dispositifs architecturaux. A travers un découpage rétroactif, des outils sont crées et agencés pour servir un projet très précis : construire un maximum de réalité possible. Dans New York Délire le plus haut degré de réalité s’énonce ainsi : congestion. De valeur négative (l’urbanisme serait un art suprême de la décongestion) elle devient un programme : la culture de la congestion.
Dans sa formulation première, la congestion est liée à la masse. L’analyse de New York, est une analyse des dispositifs architecturaux (les nœuds de la congestion) sous l’empire des masses et des densités. Cette ligne d’analyse trouvant son aboutissement dans l’article Bigness, publié bien plus tard : la congestion y est définitivement alliée à la taille, à la grosseur.
Les années 80 et la conversion de l’agence au projets de paysage renversent le paradigme de la masse à travers deux projets : la parc de La Villette et la ville nouvelle de Melun Sénart. Bigness (bien que formulée plus tard) est remplacée par congestion without matter, soit une stratégie des vides. Durant cette période les textes de Koolhaas énoncent le vide comme étant ce qui contient le plus d’actualité et le plus de potentialité, en somme ce qui contient le plus de réel.
C’est cette conversion qu’il nous faut analyser. A quel problème général cette prééminence du vide répond-elle ? (Remplacement du paradigme de la ville par celui de territoire) Quels sont les outils crées à cette occasion ? (Manipuler les forces, par nature invisibles, création en tout sens de diagrammes…) Comment se fait-il que la Villette semble ne pas trouver de consistance alors que Melun-Sénart apparaît rétroactivement comme le meilleur projet urbain produit par l’OMA ? (Le premier : du territoire en ville, in vitro, le second de l’urbain dans le territoire, in vivo) Enfin, comment la prééminence du vide fait-elle intervenir les notions de durée et de résistance ?
Par là nous pouvons donner à voir et à entendre du territoire. Nous remplacons la notion de densité par celle d’intensité. Nous montrons que la différence entre ville et territoire n’est pas une différence de taille mais une différence d’occupation de l’espace (division contre occupation nomade). Enfin nous montrons comment le projet territorial est profondément noué avec l’idée de résistance.
Hypothèses sur la constitution des ports
L’histoire des ports est faite de contingences spatiales. Un port est en réalité un lieu stratégique, situé entre la terre et la mer et surtout au croisement des grandes routes. Ainsi la puissance d’un port est-elle proportionnelle à l’économie d’échelle qu’il permet, car se situer au croisement de routes, c’est entraîner des rotations dans les échanges qui soient efficaces et permettre au commerce des « raccourcis ». Le port est, par sa place stratégique, un accélérateur du commerce. En second lieu, le port devient aussi une place forte, parce que sa position en fait une polarité du territoire. Lorsqu’un port émerge, il devient très rapidement le point où tout peut converger, puisqu’au croisement des routes, on est virtuellement proche de tous les points importants d’un réseau commercial. Ainsi il y a un double mouvement de la création d’un port : tout d’abord il est un lieu stratégique entre plusieurs lieux importants, puis par sa position il devient un lieu important. Un port est polarisé avant de polariser lui-même. Lorsqu’il est polarisé, un port est encore virtuel dans le sens où il est un potentiel du territoire. En tant que point polarisé il est principalement un lieu de rotation, un croisement : un hub. Lorsque sa situation stratégique lui permet de s’autonomiser et ainsi de polariser lui-même le territoire il devient une ville.
Par exemple : le port de Gioia Tauro au sud de l’Italie est né de contingences spatiales liées à des économies d’échelles. Le port émerge parce qu’il est situé sur un point stratégique de la mer Méditerranée, très proche du chemin le plus court qui relie Gibraltar à Suez. Etant donnée l’augmentation de la taille des bateaux entraînant la diminution du nombre d’escales possible en Méditerranée, un point de redistribution comme Gioia Tauro devient très stratégique. Ainsi le port de Gioia Tauro est-il polarisé par les grandes entités du commerce international : les Etats-Unis et l’Asie. Mais dans un second temps les dirigeants du port cherchent à convaincre un fabricant de textile de la région de venir installer ses usines sur la zone portuaire. Ce fabricant, qui vend des textiles dans le monde entier et qui les fait transporter dans des conteneurs qui transitent par Gioia Tauro, aurait tout intérêt pour faire des économies d’échelles à venir installer ses unités de production le plus près possible des darses du port. Ainsi, selon les dirigeants du port, Gioia Tauro est devenu un point où potentiellement on est proche de n’importe quel endroit important dans le monde du point de vue commercial. Mais si ce point vient à attirer des unités de production à lui, alors il n’est plus seulement polarisé, mais polarise lui-même le territoire. En polarisant, il agglutine les unités de production comme un aimant et tout ce qui en découle : emplois, infrastructures, puis commerces etc.… Bref il se transforme en ville. Voilà pourquoi les villes portuaires commencent par être des hubs, et que n’importe quel hub finit par devenir une ville. Le pur hub est en ce sens une situation instable et nous pouvons pronostiquer que malgré l’inertie du territoire calabrais, Gioia Tauro finira par devenir une ville.
Mais revenons-en à notre postulat de base : un port est d’abord la matérialisation d’une économie d’échelle sur le territoire. Ces économies d’échelles s’étendent désormais à l’ensemble du globe. Ainsi nous évoquions plus haut l’existence d’une route mondiale des échanges : New York – Rotterdam – Dubaï – Hong Kong – Tokyo – Los Angeles – New York. Cette route se structure entre les grands ensembles qui polarisent le territoire mondial : les Etats-Unis, la Banane Bleue européenne, le Moyen Orient et l’Asie du Sud-Est. Mais ces points qui polarisent ont été avant cela polarisés eux-mêmes si l’on reprend notre argument sur le rapport polarisant – polarisé à propos de la formation des ports. Et de nouveaux territoires sont aujourd’hui polarisés (la Méditerranée par exemple qui se retrouve comme tronçon de route mondiale) et polariseront à leur tour d’autres territoires. Ainsi de nouveaux points émergent entre les points qui préexistent et ces nouveaux points feront émerger d’autres points…
Il nous faut alors répondre à la question suivante : existe-t-il une règle immanente qui détermine l’émergence de nouvelles polarités ? Et y répondre : cette règle est inscrite dès le début dans la formation des ports : il s’agit de l’économie d’échelle. L’économie d’échelle pour les ports indique tout simplement qu’un point est stratégique parce qu’il se situe sur le plus court chemin entre deux polarités existantes. Ainsi c’est la loi du plus court chemin qui détermine l’émergence de nouveaux ports, loi que nous pouvons observer empiriquement dans l’enchaînement des vingt plus grands hubs dans le monde tous situés les uns à la suite des autres autour de la planète. Si nous étendons nos hypothèses au réseau des ports planétaires, nous pouvons dire qu’il existe un mouvement immanent à la formation des ports qui tend à la création d’un ensemble linéaire déterminé par le plus court chemin que l’on peut effectuer en mer pour faire le tour de la Terre. Il y a donc une tendance inexorable à la constitution d’une gigantesque ceinture planétaire, un méta-port unique dont le seul fonctionnement serait d’être une chaîne de rotation des conteneurs. Mais cette tendance a aussi une autre conséquence : progressivement, tout point sur cette ligne devient potentiellement l’égal d’un autre. Ainsi on apprend que récemment un nouveau port devrait devenir le plus important du monde en Chine, et ce port est situé à quelques kilomètres seulement des deux plus grands ports actuels : Hong Kong et Singapour. Cette tendance a donc aussi pour conséquence de « virtualiser » tous les ports. Chaque port sur la ligne est potentiellement le « plus grand au monde » et en même temps peut-être concurrencé par son voisin le plus proche. Ainsi les ports asiatiques apparaissent et disparaissent dans de très courts laps de temps. La constitution d’une ceinture mondiale a pour effet de réduire le couple polarisant – polarisé. Tout territoire portuaire devient les deux à la fois et au même moment, ce qui réduit aussi la stabilité de l’existence des structures liées aux activités du port. On observe donc en permanence des délocalisations des activités, des exodes de millions de personnes d’un point à autre…Ce mouvement général tend à empêcher les ports à polariser le territoire et donc à constituer des villes. La constante virtualité des structures portuaires a même tendance à faire disparaître la notion de port comme lieu physique stable.
*
BETHEMONT Jacques, La Méditerranée en partage, La documentation Française, 2004
BRAUDEL Fernand, La Méditerranée, l’espace et l’histoire, Champs Flammarion, 1985
BRUNET Roger, Le développement des territoires : formes, lois, aménagement, Decitre, 2005
BRUNET Roger, FERRAS Robert et THERY Hervé, Les mots de la géographie, dictionnaire critique, Reclus – La Documentation française, 1992
FOUCAULT Michel, Des espaces autres, (conférence au Cercle d’études architecturales, 14 mars 1967), Architecture, Mouvement, Continuité, 1984
LEVY Jacques et LUSSAULT Michel, Dictionnaire de la Géographie et de l’espace des sociétés, Belin, 2003
LACOSTE Yves, Dictionnaire de la Géopolitique au paysage, Colin, 2003
SASSEN Saskia, La Ville Globale. New York, Londres, Tokyo, Descartes Cie, Paris, 1996
VIRILIO Paul, L’insécurité du territoire, Galilée, 1976.
ASHER François, Ces événements qui nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs. Essai sur la société contemporaine, l’Aube, 2001.
ASHER François, Les nouveaux principes de l’urbanisme, l’Aube, 2001.
KOOLHAAS Rem et OMA, S, M, L, XL, 010 Publishers 1995
KOOLHAAS Rem et OMA, Content, Taschen 2003
KOOLHAAS Rem, BOERI Stefano, KWINTER Sanford et TAZI Nadia, Mutations
KOOLHAAS Rem et Harvard Project on the City, A Great Leap Forward, Taschen 2003
MANGIN David, La ville franchisée: Formes et structures de la ville contemporaine, Ed. de la Villette, 2004.
AA, L’Architecture d’Aujourd’hui, n° 332, Villes Portuaires, 2001
A+U, Architecture + Urbanism, n° 2005: 04, Three Emerging Practices, 2005
AV, Arquitectura Viva, n° 91, Pragmatic Landscapes
Par exemple : le port de Gioia Tauro au sud de l’Italie est né de contingences spatiales liées à des économies d’échelles. Le port émerge parce qu’il est situé sur un point stratégique de la mer Méditerranée, très proche du chemin le plus court qui relie Gibraltar à Suez. Etant donnée l’augmentation de la taille des bateaux entraînant la diminution du nombre d’escales possible en Méditerranée, un point de redistribution comme Gioia Tauro devient très stratégique. Ainsi le port de Gioia Tauro est-il polarisé par les grandes entités du commerce international : les Etats-Unis et l’Asie. Mais dans un second temps les dirigeants du port cherchent à convaincre un fabricant de textile de la région de venir installer ses usines sur la zone portuaire. Ce fabricant, qui vend des textiles dans le monde entier et qui les fait transporter dans des conteneurs qui transitent par Gioia Tauro, aurait tout intérêt pour faire des économies d’échelles à venir installer ses unités de production le plus près possible des darses du port. Ainsi, selon les dirigeants du port, Gioia Tauro est devenu un point où potentiellement on est proche de n’importe quel endroit important dans le monde du point de vue commercial. Mais si ce point vient à attirer des unités de production à lui, alors il n’est plus seulement polarisé, mais polarise lui-même le territoire. En polarisant, il agglutine les unités de production comme un aimant et tout ce qui en découle : emplois, infrastructures, puis commerces etc.… Bref il se transforme en ville. Voilà pourquoi les villes portuaires commencent par être des hubs, et que n’importe quel hub finit par devenir une ville. Le pur hub est en ce sens une situation instable et nous pouvons pronostiquer que malgré l’inertie du territoire calabrais, Gioia Tauro finira par devenir une ville.
Mais revenons-en à notre postulat de base : un port est d’abord la matérialisation d’une économie d’échelle sur le territoire. Ces économies d’échelles s’étendent désormais à l’ensemble du globe. Ainsi nous évoquions plus haut l’existence d’une route mondiale des échanges : New York – Rotterdam – Dubaï – Hong Kong – Tokyo – Los Angeles – New York. Cette route se structure entre les grands ensembles qui polarisent le territoire mondial : les Etats-Unis, la Banane Bleue européenne, le Moyen Orient et l’Asie du Sud-Est. Mais ces points qui polarisent ont été avant cela polarisés eux-mêmes si l’on reprend notre argument sur le rapport polarisant – polarisé à propos de la formation des ports. Et de nouveaux territoires sont aujourd’hui polarisés (la Méditerranée par exemple qui se retrouve comme tronçon de route mondiale) et polariseront à leur tour d’autres territoires. Ainsi de nouveaux points émergent entre les points qui préexistent et ces nouveaux points feront émerger d’autres points…
Il nous faut alors répondre à la question suivante : existe-t-il une règle immanente qui détermine l’émergence de nouvelles polarités ? Et y répondre : cette règle est inscrite dès le début dans la formation des ports : il s’agit de l’économie d’échelle. L’économie d’échelle pour les ports indique tout simplement qu’un point est stratégique parce qu’il se situe sur le plus court chemin entre deux polarités existantes. Ainsi c’est la loi du plus court chemin qui détermine l’émergence de nouveaux ports, loi que nous pouvons observer empiriquement dans l’enchaînement des vingt plus grands hubs dans le monde tous situés les uns à la suite des autres autour de la planète. Si nous étendons nos hypothèses au réseau des ports planétaires, nous pouvons dire qu’il existe un mouvement immanent à la formation des ports qui tend à la création d’un ensemble linéaire déterminé par le plus court chemin que l’on peut effectuer en mer pour faire le tour de la Terre. Il y a donc une tendance inexorable à la constitution d’une gigantesque ceinture planétaire, un méta-port unique dont le seul fonctionnement serait d’être une chaîne de rotation des conteneurs. Mais cette tendance a aussi une autre conséquence : progressivement, tout point sur cette ligne devient potentiellement l’égal d’un autre. Ainsi on apprend que récemment un nouveau port devrait devenir le plus important du monde en Chine, et ce port est situé à quelques kilomètres seulement des deux plus grands ports actuels : Hong Kong et Singapour. Cette tendance a donc aussi pour conséquence de « virtualiser » tous les ports. Chaque port sur la ligne est potentiellement le « plus grand au monde » et en même temps peut-être concurrencé par son voisin le plus proche. Ainsi les ports asiatiques apparaissent et disparaissent dans de très courts laps de temps. La constitution d’une ceinture mondiale a pour effet de réduire le couple polarisant – polarisé. Tout territoire portuaire devient les deux à la fois et au même moment, ce qui réduit aussi la stabilité de l’existence des structures liées aux activités du port. On observe donc en permanence des délocalisations des activités, des exodes de millions de personnes d’un point à autre…Ce mouvement général tend à empêcher les ports à polariser le territoire et donc à constituer des villes. La constante virtualité des structures portuaires a même tendance à faire disparaître la notion de port comme lieu physique stable.
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BETHEMONT Jacques, La Méditerranée en partage, La documentation Française, 2004
BRAUDEL Fernand, La Méditerranée, l’espace et l’histoire, Champs Flammarion, 1985
BRUNET Roger, Le développement des territoires : formes, lois, aménagement, Decitre, 2005
BRUNET Roger, FERRAS Robert et THERY Hervé, Les mots de la géographie, dictionnaire critique, Reclus – La Documentation française, 1992
FOUCAULT Michel, Des espaces autres, (conférence au Cercle d’études architecturales, 14 mars 1967), Architecture, Mouvement, Continuité, 1984
LEVY Jacques et LUSSAULT Michel, Dictionnaire de la Géographie et de l’espace des sociétés, Belin, 2003
LACOSTE Yves, Dictionnaire de la Géopolitique au paysage, Colin, 2003
SASSEN Saskia, La Ville Globale. New York, Londres, Tokyo, Descartes Cie, Paris, 1996
VIRILIO Paul, L’insécurité du territoire, Galilée, 1976.
ASHER François, Ces événements qui nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs. Essai sur la société contemporaine, l’Aube, 2001.
ASHER François, Les nouveaux principes de l’urbanisme, l’Aube, 2001.
KOOLHAAS Rem et OMA, S, M, L, XL, 010 Publishers 1995
KOOLHAAS Rem et OMA, Content, Taschen 2003
KOOLHAAS Rem, BOERI Stefano, KWINTER Sanford et TAZI Nadia, Mutations
KOOLHAAS Rem et Harvard Project on the City, A Great Leap Forward, Taschen 2003
MANGIN David, La ville franchisée: Formes et structures de la ville contemporaine, Ed. de la Villette, 2004.
AA, L’Architecture d’Aujourd’hui, n° 332, Villes Portuaires, 2001
A+U, Architecture + Urbanism, n° 2005: 04, Three Emerging Practices, 2005
AV, Arquitectura Viva, n° 91, Pragmatic Landscapes
La Pieuvre
« L’expérience que fit un jour Alain Bombard à la télévision lorsqu’il présenta deux bassins de verre ; l’un rempli d’eau polluée, telle qu’on peut la recueillir dans le port de Marseille, où évoluait une pieuvre bien vivante, comme animée de mouvements de danse, l’autre, rempli d’une eau de mer pure de toute pollution. Lorsqu’il attrapa la pieuvre pour la replonger dans l’eau « normale », au terme de quelques secondes, on vit l’animal se recroqueviller, s’affaisser et mourir ».
Ces quelques lignes apparaissent à la page 34 des Trois Ecologies. L’auteur en est Félix Guattari, l’homme aux mille activités dont le rêve était, dixit Deleuze, de créer une pratique à plusieurs segments – scientifiques, artistiques et philosophiques– qui en se relayant permettraient l’émergence de nouvelles postures et actions politiques. C’est à cette oeuvre que Guattari consacre en partie les Trois Ecologies, afin de définir ce qui était encore à l’époque un cadre de pensée tout neuf : l’environnement. On soulignera la vision anticipatrice de cet ouvrage écrit en 1989 quand on connaît la montée des enjeux environnementaux dans le débat politique des années 1990 et 2000. Les Trois Ecologies s’il n’est pas le premier ouvrage de philosophie politique à inscrire l’environnement comme cadre d’action majeur opère néanmoins une synthèse inédite par l’introduction des concepts d’écologie psychique et sociale. L’écologie est donc moins une doctrine qu’une simple nouvelle façon de penser (un nouveau plan de pensée).
À la page 34 apparaissent donc Alain Bombard et une pieuvre, sans que plus d’explications ne soient données à cette intrusion animale. Bombard et la Pieuvre n’apparaîtront plus, sinon dans cet instant saisissant, où G met en scène B par l’entremise de P. On dira alors qu’entre G et B il y a P, ou bien que G se sert de P pour parler de B, ou encore que G comme B n’ont qu’un seul rêve : devenir P, ou enfin que B a besoin de G pour dire de lui qu’il est P.
Qui est B? Bombard est médecin (comme Guattari), et ne poursuit qu’un objectif, trouver des solutions pour augmenter les chances de survie en cas de naufrage. Pour cela il traverse la Manche à la nage et étudie les canots de sauvetage. En 1952, il embarque à bord d’un canot pour traverser l’Atlantique sans aucune provision. Naufragé Volontaire quand d’autres seront Prisonniers Volontaires de l’Architecture. Durant 113 jours de mer, il se nourrit exclusivement de plancton et rejoint la Barbade sauf, mais dans un état de santé déplorable. Bombard est donc l’homme qui a vécu sur l’eau durant 4 mois.
Qui est P? Selon les biologistes, elle serait l’avenir de l’homme. En cas de catastrophe écologique qui verrait l’extinction de l’espèce humaine, la Pieuvre, grâce à son gros cerveau et sa capacité à résister aux pollutions pourrait développer une forme d’intelligence. En même temps que la Pieuvre se rapproche de l’homme, Bombard se rapproche de la Pieuvre. Et Guattari lui-même ne serait-il pas une Pieuvre ?
À travers cet exemple, Guattari parle du Mutant, celui qui pourrait vivre sur l’eau, ou dans une décharge (tant la mer à travers l’expérience de la Pieuvre vivant dans l’eau polluée semble être une décharge), ou encore dans le désert (en géographie la mer est un désert si l’on prend le mot désert comme modèle spatial et non comme entité définie – le désert du Sahara par exemple. La décharge est un sol aride : un désert) c’est-à-dire à la marge territoriale.
Le Mutant est le sujet politique contemporain par excellence, celui qui renouvelle toute action sur le territoire. Ainsi par sa seule expérience solitaire, Bombard rend obligatoire la présence des radeaux de sauvetage sur les bateaux et sauve des centaines de vies.
On fera alors l’hypothèse suivante : le radeau de Bombard (et ses variantes, le radeau de la Méduse ou encore la Piscine flottante de Koolhaas) est une machine politique à mutants.
*
GUATTARI Félix, Les trois écologies, Galilée, 1989
KOOLHAAS Rem, New York Délire, Parenthèses 1978
Ces quelques lignes apparaissent à la page 34 des Trois Ecologies. L’auteur en est Félix Guattari, l’homme aux mille activités dont le rêve était, dixit Deleuze, de créer une pratique à plusieurs segments – scientifiques, artistiques et philosophiques– qui en se relayant permettraient l’émergence de nouvelles postures et actions politiques. C’est à cette oeuvre que Guattari consacre en partie les Trois Ecologies, afin de définir ce qui était encore à l’époque un cadre de pensée tout neuf : l’environnement. On soulignera la vision anticipatrice de cet ouvrage écrit en 1989 quand on connaît la montée des enjeux environnementaux dans le débat politique des années 1990 et 2000. Les Trois Ecologies s’il n’est pas le premier ouvrage de philosophie politique à inscrire l’environnement comme cadre d’action majeur opère néanmoins une synthèse inédite par l’introduction des concepts d’écologie psychique et sociale. L’écologie est donc moins une doctrine qu’une simple nouvelle façon de penser (un nouveau plan de pensée).
À la page 34 apparaissent donc Alain Bombard et une pieuvre, sans que plus d’explications ne soient données à cette intrusion animale. Bombard et la Pieuvre n’apparaîtront plus, sinon dans cet instant saisissant, où G met en scène B par l’entremise de P. On dira alors qu’entre G et B il y a P, ou bien que G se sert de P pour parler de B, ou encore que G comme B n’ont qu’un seul rêve : devenir P, ou enfin que B a besoin de G pour dire de lui qu’il est P.
Qui est B? Bombard est médecin (comme Guattari), et ne poursuit qu’un objectif, trouver des solutions pour augmenter les chances de survie en cas de naufrage. Pour cela il traverse la Manche à la nage et étudie les canots de sauvetage. En 1952, il embarque à bord d’un canot pour traverser l’Atlantique sans aucune provision. Naufragé Volontaire quand d’autres seront Prisonniers Volontaires de l’Architecture. Durant 113 jours de mer, il se nourrit exclusivement de plancton et rejoint la Barbade sauf, mais dans un état de santé déplorable. Bombard est donc l’homme qui a vécu sur l’eau durant 4 mois.
Qui est P? Selon les biologistes, elle serait l’avenir de l’homme. En cas de catastrophe écologique qui verrait l’extinction de l’espèce humaine, la Pieuvre, grâce à son gros cerveau et sa capacité à résister aux pollutions pourrait développer une forme d’intelligence. En même temps que la Pieuvre se rapproche de l’homme, Bombard se rapproche de la Pieuvre. Et Guattari lui-même ne serait-il pas une Pieuvre ?
À travers cet exemple, Guattari parle du Mutant, celui qui pourrait vivre sur l’eau, ou dans une décharge (tant la mer à travers l’expérience de la Pieuvre vivant dans l’eau polluée semble être une décharge), ou encore dans le désert (en géographie la mer est un désert si l’on prend le mot désert comme modèle spatial et non comme entité définie – le désert du Sahara par exemple. La décharge est un sol aride : un désert) c’est-à-dire à la marge territoriale.
Le Mutant est le sujet politique contemporain par excellence, celui qui renouvelle toute action sur le territoire. Ainsi par sa seule expérience solitaire, Bombard rend obligatoire la présence des radeaux de sauvetage sur les bateaux et sauve des centaines de vies.
On fera alors l’hypothèse suivante : le radeau de Bombard (et ses variantes, le radeau de la Méduse ou encore la Piscine flottante de Koolhaas) est une machine politique à mutants.
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GUATTARI Félix, Les trois écologies, Galilée, 1989
KOOLHAAS Rem, New York Délire, Parenthèses 1978
DD Spuren

Projet réalisé en collaboration avec Alexandra Poncet, Pierre Bouchon Cesaro, Yann Damiani, François Esquivié et Sébastien Lissot dans le cadre d'un programme de recherche de la fondation Tessenow à Dresde
Devenirs du territoire méditerranéen

L’exercice a comme cadre la Mer Méditerranée. Sur ce territoire, sont proposées 5 thématiques, qui définissent les enjeux décisifs quant au devenir méditerranéen à moyen et long terme. Ces thématiques sont:
- Mutations des écosystèmes
- Variations du climat
- Production d’énergies
- Echanges économiques
- Mouvements de populations
Pour chacune des thématiques un site stratégique devra être extrait du territoire méditerranéen. Ce site deviendra alors un lieu d’expérimentation programmatique sur le thème choisi.
Exercice donné dans le cadre du master aedification, grand territoire, villes en collaboration avec l’Institut Claude Nicolas Ledoux (Arc et Senans) et l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble.
Image : Elise Vittoz, Olivier Gérard
Fronteras

The border between Anapra and Sunland Park seems to be totally arbitrary, lacking any physical legitimacy; it’s not suggested by any natural element, river or mountain. It is a man-made line: a fence and its shadow… A line that isn’t under the influence of the landscape but marks it instead. Just like the whole North-American territory, the border is a matter of lines. Only these define the place – not the constructions, not the reliefs (except the background ones), not even the vegetation give qualities to the place. Everything is a matter of layouts here: the two grids –the American and the Mexican-, the Pacific train, the illegal immigration paths, the path to the bridge, and the border’s fence. It is then about creating a new experience in this desert landscape, and using the crossing to qualify it. But it is also about making the border station a component of the future city, a layout that would have a longer durability than the present border’s fence. If one day the fence disappears, the device must still have a reason to remain a part of the territory. The new landscape infrastructure would connect two types of lines: the movement lanes and tracks (streets, roads, railway) and the urban grids, in an attempt to reconstruct the scattered pieces of territory. It starts in Anapra’s grid, going under the border’s fence and under the railway, towards the road leading to the bridge above Rio Bravo, and allows to join with Sunland Park’s growing grid. It is a strong Print in the landscape, giving the current setting of the borderline a meaning.
Projet en réponse au concours Frontera organisé par la revue Arquine. Projet réalisé en collaboration avec Alexandra Poncet, Florian Artus, David Bertizzolo, Pierre Bouchon Cesaro, Yann Damiani et Sébastien Lissot.
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